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L’origine des mots « tribord » et « bâbord » : une plongée dans l’histoire maritime

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L’origine des mots « tribord » et « bâbord » : une plongée dans l’histoire maritime

Pour tout marin, qu’il soit novice ou expérimenté, les termes « tribord » et « bâbord » font partie du vocabulaire de base à bord d’un navire. Mais d’où viennent ces mots si particuliers, qui désignent respectivement la droite et la gauche d’un bateau ? Leur origine remonte à des siècles de navigation et reflète l’évolution des techniques maritimes, des traditions et même des superstitions des marins. Plongeons ensemble dans l’histoire de ces deux termes emblématiques, qui continuent de rythmer la vie à bord des voiliers et des navires du monde entier.


Posons le décor : pourquoi « tribord » et « bâbord » ?

À terre, on parle de droite et de gauche, mais en mer, ces repères changent. Pourquoi ? Parce qu’un bateau n’est pas une voiture : il n’a pas de volant, mais une barre ou un gouvernail, et son orientation dépend du vent, des courants et de la position du timonier. Les marins ont donc besoin de termes universels, compris par tous, quelles que soient leur position ou leur langue.

  • « Tribord » désigne le côté droit du bateau (quand on regarde vers l’avant).
  • « Bâbord » désigne le côté gauche.

Ces mots ne sont pas nés par hasard. Leur étymologie est étroitement liée à l’histoire de la navigation, aux techniques de construction navale et même à la façon dont les marins manœuvraient autrefois leurs embarcations.


À retenir : l’essentiel sur « tribord » et « bâbord »

  • « Tribord » vient de l’anglais « starboard », lui-même issu de l’ancien anglais « stēorbord », qui signifie « côté de la barre ». À l’époque des Vikings, les navires étaient dirigés à l’aide d’une rame-gouvernail (appelée « stēor » en vieux norrois) fixée à droite. Ce côté était donc appelé « stēorbord », car c’était celui où se trouvait la barre.
  • « Bâbord » vient de l’anglais « port », qui signifie « côté du port ». En effet, les navires accostaient généralement à gauche pour éviter d’endommager la rame-gouvernail située à droite. Ce côté était donc tourné vers le quai (« port » en anglais), d’où son nom.

Pourquoi pas « gauche » et « droite » ?

En mer, les repères doivent être absolus et indépendants de la position de l’observateur. Dire « à droite » ou « à gauche » peut prêter à confusion, surtout dans l’agitation d’une manœuvre ou d’un abordage. « Tribord » et « bâbord » éliminent toute ambiguïté.


L’histoire derrière les mots

1. L’héritage viking et la rame-gouvernail

Au Moyen Âge, les navires scandinaves et européens étaient équipés d’une rame-gouvernail fixée à droite (« stēorbord »). Ce système permettait de diriger le bateau plus facilement, surtout par gros temps. Le côté droit est donc devenu « tribord » (de « stēorbord »), tandis que le côté gauche, où l’on accostait pour protéger la rame, a pris le nom de « bâbord » (de « port »).

2. L’influence de la langue anglaise

Les termes « starboard » et « port » se sont imposés dans la marine anglaise, puis française, à partir du XIIe siècle. « Port » a évolué en « bâbord » en français, probablement par déformation phonétique ou par influence d’autres langues maritimes.

3. Une question de sécurité

L’usage de « tribord » et « bâbord » s’est généralisé pour éviter les collisions. En mer, les règles de priorité sont strictes : un navire qui en croise un autre doit passer tribord contre tribord (comme on roule à droite sur la route). Cette règle, toujours en vigueur aujourd’hui, remonte à l’époque où les navires à rame-gouvernail devaient éviter de s’abîmer mutuellement.


Pourquoi ces termes sont-ils toujours utilisés ?

Même si les navires modernes n’ont plus de rame-gouvernail, la tradition perdure. « Tribord » et « bâbord » font partie du langage maritime international, compris par tous les marins, qu’ils soient français, anglais ou espagnols. Ils sont aussi utilisés dans les règles de navigation (comme le RIPAM, Règlement International pour Prévenir les Abordages en Mer), qui imposent des priorités claires pour éviter les accidents.

Exemples d’utilisation :

  • « Virer à tribord » : tourner à droite.
  • « Amarrer à bâbord » : accoster du côté gauche.
  • « Feux de navigation » : les bateaux portent un feu vert à tribord et un feu rouge à bâbord pour indiquer leur position la nuit.

Le saviez-vous ?

  • Superstition maritime : Certains marins évitaient de prononcer le mot « bâbord » par crainte de porter malheur. Ils disaient « à gauche » ou « côté du port » à la place.
  • Dans d’autres langues :
    • En espagnol : « estribor » (tribord) et « babor » (bâbord).
    • En italien : « dritta » (tribord) et « sinistra » (bâbord).
    • En allemand : « Steuerbord » (tribord) et « Backbord » (bâbord).

Conclusion : un langage qui traverse les siècles

« Tribord » et « bâbord » ne sont pas que des mots : ce sont des témoins de l’histoire maritime, des repères universels qui unissent les marins depuis des siècles. La prochaine fois que vous monterez à bord d’un voilier ou d’un bateau, souvenez-vous que ces termes portent en eux des siècles d’aventures, de techniques et de traditions.